Vous êtes à Tananarive et souhaitez vous rendre à Majunga. Le prix du billet d’avion est exorbitant et vous n’avez pas d’autre choix que de passer par la route. Mais on vous a raconté tellement de choses inquiétantes que vous hésitez. Afin de vous aidez dans votre réflexion, voici ma propre expérience de cette fameuse RN4 que j’ai emprunté à deux reprises durant le mois d’août 2018. 

 

©Google Map

Un peu d’histoire pour commencer. La RN4 reliant Tananarive à Majunga fait plus de 500 km. Il faut sans doute remonter à 1897, pour retrouver les prémices de cette route telle que nous la connaissons aujourd’hui. Les premiers coups de pioche furent donnés par les français lors de l’expédition de Madagascar qui conduira à l’annexion de la Grande Île. Le corps expéditionnaire traça une route qui devait relier la ville côtière et la capitale et destinée aux voitures légères.

Départ à l’aube

Après cette courte introduction historique, entrons dans le vif du sujet. Dans cet article, je vous raconte le trajet effectué dans le sens Tananarive-Majunga pendant le mois d’août. Le départ s’effectue à l’aube, alors que les premières lueurs du jours commencent à peine à éclaircir le ciel. Un épais brouillard recouvre la ville des milles et il fait relativement frais. C’est dans ces conditions que commence notre périple à bord d’un minibus loué pour l’occasion.

Si la longue route explique en partie ce départ matinal, c’est surtout pour des raisons de sécurité qu’il vous faudra quitter aussi tôt la capitale. Sachez qu’il est vivement déconseillé de circuler sur la RN4 en pleine nuit, en raison du risque d’attaque par ceux qu’on appelle Dahalo. Le secteur d’Ankazobe est particulièrement redouté. En revanche, si vous circulez de jour, vous n’avez a priori pas de souci à vous faire. C’est pour cette raison qu’il est recommandé à l’allée comme au retour, de partir le plus tôt possible, histoire d’arriver à destination le moins tard possible et de ne pas se retrouver sur cette route au milieu de la nuit.

 

Des collines à perte de vue

Bye bye la ville bonjour la campagne

Après avoir essuyé les embouteillages, nous quittons l’agglomération de Tananarive après un rapide arrêt petit déjeuner pris en route, composé de mofo gasy et d’un café bien fort. Petit à petit, nous quittons l’ambiance un peu oppressante de la capitale pour le calme de la campagne. Fini les habitations traditionnelles et la foule de Tana. Désormais, le paysage est composé de collines escarpées à perte de vue, sans quasiment âme qui vive sur des kilomètres et des kilomètres. Les espaces sont immenses! Ce n’est pas un hasard si Madagascar est surnommé la Grande Île.

La route de Majunga au-dessus des collines

 

Le village d’Andalamahitsy perdue au milieu de nulle part

La route est sinueuse, suivant la forme des collines qui se succèdent sans cesse. Les lignes droites sont rares, ce qui rend difficile les dépassements des camions de marchandises qui circulent en nombre. Néanmoins, il existe une sorte de courtoisie entre chauffeurs qui s’aident à l’aide des feux clignotants, pour faciliter cette manoeuvre rendue délicate par l’étroitesse de la route.

Il fait toujours frais même si la température remonte à mesure que le soleil se lève. Pour info, le mois d’août correspond au coeur de l’hiver austral dans l’océan indien Sud-Ouest. Durant cette période, le thermomètre peut afficher des valeur très basses sur les hauts plateaux de Madagascar. On peut approcher les 0°C dans des villes comme Antsirabe durant les nuits d’hiver.

Bruler ou périr

Des hectares de terrains incendier sur la route de Majunga

Malheureusement, il est fort probable que vous croisez des incendies le long de cette RN4. Durant mon périple, j’ai découvert impuissant et à plusieurs reprises, le désolant spectacle des flammes dévorant les plaines sur de grandes distances. Ces incendies qui sont sans doute provoqués pour la culture sur brulis, vont parfois jusqu’à incendier des villages en plus de rendre l’air vicié. Cette pratique qui est censée être interdite a forcément un impact extrêmement négatif sur l’environnement. Mais comment en vouloir à des gens qui n’ont pas d’autre solution pour survivre. Bruler ou périr! Quel funeste dilemme.

Village incendié sur la route de Majunga

La route est longue et il est impossible de faire ce trajet d’une seule traite. Plusieurs arrêts sont nécessaires pour la pause pipi. Durant ces moments, on en profite pour se dégourdir les jambes, s’hydrater et grignoter. Attention néanmoins de ne pas trop s’attarder en route. Rappelez-vous ce que j’ai dit plus haut. Il vaut mieux pour votre sécurité arriver à destination avant d’être au milieu de la nuit. Cela est très facilement réalisable, à condition de ne pas exagérément traîner en chemin.

Sur la route de Majunga, plus de 500 km de route

Où manger sans risque ?

Fini la fraîcheur des hauts plateaux. Le climat a évolué et il fait de plus en plus chaud et sec. Nous nous arrêtons à Maevatanana pour prendre notre déjeuner. Il reste encore plus de 200 km de route à faire à partir de cette ville. La chaleur y est difficilement supportable. Il n’y a pas de vent et l’ambiance est suffocante.

Cette ville est un point d’arrêt très prisé des convois. Je vous recommande le restaurant Kat-Sem. Le repas y est bon et vous pouvez commander à l’avance par téléphone pour gagner du temps. Je n’ai jamais eu de problème gastrique après y avoir mangé et Dieu sait à quel point mon estomac d’occidental est sensible. Notez que ce détail est très important! Une gastro en route transformerait vite votre périple en enfer. Mise à jour : Il semblerait que le restaurant Kat-Sem ne soit plus du tout le même un an après, au point que je ne le recommande plus du tout (service long, personnel perdu, repas limite douteux etc…). Donc à éviter.

Traversée de Betsiboka

Fleuve de betsiboka à Madagascar

 

L’entrée du pont qui enjambe le Fleuve de Betsiboka

On quitte Maevatanana repu et requinqué. Malgré l’étouffante chaleur, cette halte nous a fait grand bien. À peine quelques kilomètres et nous arrivons au fleuve de Betsiboka, que l’on traverse grâce à un pont certes étroit mais en bon état. Le fleuve est à sec en cette période de l’année. Mais durant la saison des orages qui s’étale approximativement de novembre à avril, ce fleuve se métamorphose en une véritable furie. La traversée du pont doit alors être épic lorsque le fleuve est en crue.

https://www.youtube.com/watch?v=nwNrNG2gLpc

Les derniers kilomètres sont les plus difficiles

Avec l’omniprésente chaleur, on sent qu’on approche des côtes Nord-Ouest de Madagascar. Les rives du Canal du Mozambique approchent. Les dernières heures de route sont un peu pénibles. Nous sommes tous écrasés par la fatigue. À vrai dire, nous n’avons plus qu’un seul désir, arriver à Majunga. Pour autant, malgré que nous soyons pressés et fatigués, nous ne pouvons pas nous empêcher de nous arrêter dans les quelques petits villages que nous croisons. On peut y trouver des quantités de choses pour se restaurer, mais aussi de l’artisanat. À ces occasions, nous achetons des cuisses de nymphes grillées, des brochettes, des fruits exotiques, des boissons et des cadeaux souvenirs. Ils nous arrivent même de nous arrêter en route lorsque nous croisons des pieds de Mokonazy (Jujube), un fruit très apprécié des malgaches malgré l’odeur un peu forte.

Arrivée après 12h de route

La nuit est tombée et quasiment l’ensemble des passagers du minibus ont lâché prise. Cette fois-ci plus question de s’arrêter. Mes jambes, mes fesses et mon dos n’en peuvent plus. Je ne parviens plus à trouver de position agréable et soulageante. D’ailleurs, j’admire la résistance du chauffeur qui conduit depuis si longtemps et dans des conditions qui seraient jugées inacceptables dans les pays occidentaux.

Puis, nous arrivons à Berivotra. Cela signifie que nous ne sommes plus loin de notre destination finale. Plus que 50 km à effectuer! Il est 20h lorsque que nous entrons enfin dans Majunga! Il nous aura fallu 12h de route pour atteindre la ville. Majunga, ça se mérite. Aussitôt, nous nous rendons sur le bord de la ville pour se dégourdir une dernière fois les jambes et respirer l’air marin. Puis, un dernier resto avant enfin de rejoindre notre lieu d’hébergement.

Quelques conseils

En résumé, le trajet est long et un peu fatiguant, surtout sur la fin après avoir cumulé des heures et des heures de route. L’état de la RN4 est plutôt bonne même si elle est un peu abîmé par endroit. Mais ça reste très correct, rien à voir avec certains circuits complètement ravagés dans d’autres régions de Madagascar. Il faut s’y préparer et prévoir de quoi faire pour passer le temps. Faites régulièrement des arrêts de courte durée pour vous dégourdir les jambes. Pensez à bien vous hydrater, surtout lorsque la chaleur devient permanente.

Si vous êtes du genre à avoir le mal du transport, prévoyez des médicaments pour la route.Soyez un peu vigilant avec ce que vous mangez en chemin, histoire d’avoir un voyage qui se passe sans problème gastrique. Si vous mangez là où je vous ai conseillé, il ne devrait pas y avoir de problème à ce niveau. Enfin, pour votre sécurité, faites la route en journée et arranger vous pour arriver à destination avant d’être en pleine nuit. À contrario, je déconseille fortement les trajets de nuit.

Bien en profiter malgré la durée et la fatigue

Mais surtout, n’oubliez pas de profiter de cette aventure. Appréciez les paysages qui s’offrent à vous. N’hésitez pas à faire quelques arrêts dans les villages. Vous y découvrirez des choses originales confectionnées à la main. De plus, les gens y sont très accueillants et souriants. Pour l’ambiance, je vous conseille de faire ce trajet avec des amis ou la famille. Vous pouvez également le faire via un réseau de Taxi Brousse qui propose des services très intéressants. Le Cotisse transport fait partie des alternatives avec possibilité de réserver en ligne. Vous bénéficiez même du Wifi en illimité à bord!

Si vous suivez tout ces conseils, vous n’avez aucune raison d’être inquiet malgré tout ce que l’on vous raconte. De plus, Majunga est une ville très agréable, plus sûr et où il fait bon vivre. Donc, il n’y a plus à hésiter!

Vous avez effectué cette route! N’hésitez pas à nous raconter comment le trajet s’est passé. Peut-être que vous avez des conseils à partager avec nous. Faites le en laissant un commentaire.

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